Le consensus ça fait des cons sans sous

BILLET DUR DU PÈRE DENIS

Certes, il s’agit d’un slogan à succès dans les manifs, mais il résulte d’une bonne analyse des fondamentaux.

Il n’a pas fallu attendre le capitalisme moderne pour vérifier que les intérêts du patron et de celui qui travaille pour lui sont antagonistes.

Pour prendre un exemple lointain, qui n’est pas le premier, il est possible de citer les luttes qui avaient opposé à leurs maîtres, les valets des foulons aux environ de 1250 à Paris, le développement de ces conflits inquiétait la Royauté et a conduit Saint Louis à demander à son prévôt Etienne Boileau de rédiger le livre des métiers servant à codifier à partir des usages, les règles que les professions devraient respecter.

Quelques centaines d’années plus tard, les accords Matignon, ont conduit à des dispositions « d’ordre public ».

Ainsi, aussi loin que l’on remonte dans le temps, les travailleurs qui ne possèdent que leurs bras, leur intelligence, une qualification se voient imposer des devoirs mais n’obtiennent jamais spontanément, la reconnaissance de droits, il leur faut les conquérir, par l’action collective.

En survolant l’histoire sociale depuis 1936, on voit bien que quelques périodes peuvent être considérées comme des « bons crus » pour les travailleurs et voir quelles conditions climatiques et de terroir ont été les plus favorables. La majorité politique du pays, la composition du gouvernement, la force du mouvement social, bref tous les éléments entrant dans la construction d’un rapport de force.

Pour faire court, 1936, victoire du front populaire, gouvernement socialiste avec soutien sans participation des communistes, grandes grèves, nombreuses avancées sur la satisfaction des revendications, salaires, congés payés, peu de droits nouveaux pour les syndicats, mais instauration des délégués.

En 1945, sur la base du programme du conseil national de la résistance, avec un gouvernement à participation communiste, création de la Sécurité Sociale droit de regard sur la gestion patronale avec les Comités d’entreprise.

En 1968, immense mouvement de masse, pas de perspective politique, satisfaction des revendications, notamment salariales, et aussi des droits collectifs tels que la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise.

En 1981, si le programme commun a servi à la mobilisation, il a aussi favorisé les pratiques délégataires, et la victoire politique étant acquise, la mobilisation et les luttes ont été difficiles, les droits nouveaux ont été plus sur le plan individuel que collectif et un certain nombre de conquêtes ont été d’autant plus facile à remettre en cause qu’elles sont apparues comme étant octroyées.

Dans le contexte actuel, il n’y a vraiment rien à attendre d’un sommet social, mais le pouvoir et le patronat ont du métier, on fait mine de reprendre une « idée » CFDT et Chérèque retrouve les micros, on téléphone personnellement à Mailly pour lui donner des assurances, et il s’empresse d’expliquer à qui veut bien l’entendre combien il sera vigilant pour les faire appliquer par la grève générale, s’il le faut !

En attendant tout est en place pour réaliser un consensus qui aura l’effet habituel.

C’est ainsi que le capitalisme est grand

Père Denis

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