La Casse Sociale Sur Ordonnance

BILLET DUR DU PÈRE DENIS

Décidément, la vieillerie n’a pas que des désavantages, surtout qu’il est démontré que l’expérience ne se transmet pas. Dites à un enfant que la porte du four est chaude, il va y poser les mains pour vérifier!
Il se trouve que je militais en 1967, alors que le gouvernement prenait les ordonnances qualifiées d’antisociales, en Juillet et Août, le seul aspect positif, c’est le rôle qu’elles ont joué dans l’immense mobilisation de 1968, ce n’est pas l’action de Cohn-Bendit qui peut expliquer l’ampleur et la durée des grèves.
Ce sont les principes de base sur lesquels s’est construit notre régime de protection sociale qui sont attaqués, en premier lieu celui de solidarité, chacun cotise selon ses moyens et l’égalité, chacun perçoit selon ses besoins. C’est ainsi que se sont mises en place progressivement la protection des risques maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès, puis élargi les allocations familiales à toute la population, l’intégration des accidents du travail, celle des régimes particuliers.
En 1967, comme d’habitude, les mauvais coups se font pendant les vacances d’été, on retiendra
parmi les plus graves, la séparation financière et la séparation administrative des branches.
Autrement dit chaque branche doit être en équilibre, elle sera considérée en déficit, même si la compensation entre régime faisait que l’ensemble était en équilibre, cela permettait de parler de trou abyssal et de s’en prendre exclusivement aux dépenses donc à la satisfaction des besoins.                                                                                                   C’est aussi en 1967 que l’on a supprimé les élections des administrateurs et que l’on a donné aux patronat des moyens pour intervenir dans la gestion des cotisations des salariés, la part dite patronale n’étant qu’une fiction intégrée dans la masse salariale.
Pour mémoire on retiendra que la dernière élection pour la désignation des administrateurs et la première depuis 1962 s’est déroulée le 19 Octobre 1983 et a connu une participation importante.
Le terrain a été bien préparé, l’Europe confirme que la France doit en finir avec son système de protection sociale, l’intervention des lobbyistes dans les organes de l’UE dans une réunion où participait François Hollande et Angela Merkel a pleinement confirmé nos inquiétudes.
Dans nos média, les commentateurs, les sondeurs s’attaquent aux allocations familiales, sous couvert de bon sens, et surfant sur les réflexes individualistes qui conduisent souvent à se considérer comme meilleur que son voisin on voudrait soumettre les prestations familiales à un plafond de ressource! C’est faire éclater le principe d’égalité, par contre personne ne parle du plafonnement existant des cotisations, il n’a pas lieu d’être si chacun doit payer selon ses moyens.
En 1967, on a aussi après les avoir asphyxié, remplacé les services de main d’œuvre par un établissement public, les fonctionnaires sont remplacés par des non titulaires, l’État prépare son désengagement des ses obligations constitutionnelle de permettre à chacun d’avoir un emploi et à défaut de lui assurer un revenu de remplacement, mais c’était l’époque où Mr Delors déclarait qu’un pays qui n’était pas capable d’imposer une police des salaire avait besoin d’un volant de chômage.
Pour faire bonne mesure, rappelons encore que c’est Mr Rocard qui a créé la CSG en 1990, Alain Juppé a complété le dispositif par la CRDS( remboursement de la dette sociale, laquelle alimente la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale) qui vend la dette au taux du marché !
Tout le monde s’y retrouve, on s’affranchit de la déclaration universelle des droits de l’homme qui nuit gravement à la compétitivité, on obéi à l’Europe, le MEDEF est satisfait. Comme disait Geneviève Taboui « attendons nous à savoir » ce que seront les ordonnances de l’été.

C’est ainsi que le capitalisme est grand !

Père Denis