INTEMPÉRIES: SAUVONS LA FACULTÉ DE SOURIRE

BILLET DUR DU PÈRE DENIS

Je vérifie régulièrement que notre mémoire est sélective, ainsi il ne me reste que de bons souvenirs des intempéries subies dans ma jeunesse. Inutile de préciser que je ne me souviens pas d’un Président de la République, ni d’un Président du Conseil paradant sur les lieux d’une catastrophe naturelle. Par contre en 1956, le thermomètre était descendu à -32* à Brioude, quelques platanes avaient littéralement éclaté et surtout l’Allier avait gelé au point que sur la retenue du barrage de « La Bageasse », un « tub » Citroën mille kilos avait effectué une courte promenade. Notre classe avait considéré que le spectacle valait la visite, et qu’il ne pouvait y avoir de meilleure occasion de faire l’école buissonnière sans risque tant l’excuse était valable. Nous avons passé une belle matinée à remonter l’Allier à pieds secs. La même année, vers la fin Juin, la promenade scolaire était organisée par notre Professeur de Français, par ailleurs Chef de troupe Éclaireurs de France connu par son Totem Baloo. Nous devions partir du tunnel du Lioran pour rejoindre le Puy Mary où le car devait nous reprendre. Le problème c’est qu’il était tombé une bonne couche de neige non prévue. Les Éclaireurs étaient équipés de bonnes chaussures adaptées, mais quelques jeunes filles de la classe étaient venues chaussées de ballerines et risquaient le gel des orteils. Aux grands maux, les grands remèdes, nous avons été chargés de leur frotter vigoureusement les pieds avec de la neige, imaginez, à cette époque, avoir pour mission de caresser les pieds d’une camarade de classe, même avec de la neige, quel souvenir! Enfin à Noël 1958 18 jeunes filles et garçons de la classe de Maths Elem avaient avec l’aide des parents organisé le réveillon dans un restaurant à une quinzaine de kms de Brioude, les parents disposant de véhicule nous ont déposé et devait nous reprendre après la messe. Le problème c’est qu’il est tombé 60 cms de neige grasse, et qu’il n’a servi à rien d’avoir parmi les parents le responsable des ponts et chaussées, même les chasses neige ne passaient pas. L’hôtelier nous a mis dehors, et nous sommes partis à l’aventure rejoindre la maison de campagne de l’un de nous. On a pu allumer un feu, se sécher,se reposer et trouver du lait chez les paysans du coin avant de repartir vers la gare la plus proche. Une vraie désolation, des poteaux en bois supportant les fils du téléphone et les fils électriques encombraient les voies, il fallait les dégager en prenant garde de ne pas toucher aux fils. Après plusieurs heures, en passant devant le passage à niveaux tenu par ma Mère, je vis que nous étions attendus pas vraiment dans la bonne humeur. Nous avons tout de même eu les honneurs de la presse à sensation « 18 jeunes gens perdus dans la neige. » Mais les entreprises encore publiques à l’époque, SNCF, EDF, PTT, les ponts et chaussées, les cantonniers des communes ont été remarquablement efficaces. Les Assurances, déjà rechignaient à payer, mais prévoyaient les augmentations pour l’année suivante, leurs profits sont appelés réserves, l’essentiel, c’est de ne pas y toucher. Les services publics ont largement été privatisés et ce qu’il en reste est géré selon les règles de la rentabilité, mais pour les assurances rien de changé, sinon que le chef de l’État va dire aux victimes que ce que les assurances ne paieront pas, le contribuable le fera!

C’est ainsi que le capitalisme est grand

Père Denis

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