Le commerce du sang !

Quand le sang des plus pauvres finit dans les veines des plus riches ! il est peut-être encore temps de réagir !

Un documentaire de 50 minutes de Temps Présent sera diffusé sur ARTE le Mardi 21 février à 20h50.

L’ouverture à la marchandisation de l’humain par le gouvernement Hollande : Initialement prévu dans la Loi Touraine, le gouvernement à du, face à l’action des militants bénévoles du sang, retirer l’article permettant la marchandisation des produits dérivés du sang. Mais il l’a réintroduit de manière détournée par un article de la LFSS 2015.

Il y a la croyance populaire, bien enracinée : le service public du sang repose uniquement sur les Français, une armée de donateurs – plus d’un million et demi – qui irrigue tout le système de santé en France. Un système vertueux, « le meilleur du monde » … Tout va bien au paradis du don du sang, dans le meilleur des mondes solidaires.
Voilà pour la légende. Qui n’est pas entièrement fausse, évidemment : on aurait même envie d’y croire. Mais après tout, le Petit Chaperon rouge a le droit aussi de penser qu’il n’y a pas de loup au fond des bois. Or le loup aux grandes oreilles existe. Il s’appelle le marché, ou « l’ouverture à la concurrence ». Depuis une bonne quinzaine d’années, sans faire de bruit, le privé croque à pleines dents des parts de marché, grignotant, morceau par morceau, le service public du sang. La suite ici …

Question écrite au gouvernement « Inquiètudes pour les futurs dons du sang » Etablissement Français du Sang – de Laurence Cohen / 2 novembre 2016

Quand même le sang devient une marchandise ( Annie David, sénatrice de l’Isère, Extrait du Journal Initiatives N°93 de mars 2015 du groupe CRC au Sénat )
Derrière les intentions généreuses du don du sang, une filière complexe et extrêmement lucrative alimente les caisses de grandes multinationales. Car à partir du sang, on fabrique du plasma, un produit sanguin coûteux et indispensable aux hôpitaux et aux patients. Pour fabriquer ce produit mondialisé, des miséreux et toxicomanes des banlieues américaines sont condamnés à vendre leur sang pour survivre ou acheter leur dose.

Actuellement en France, la collecte de sang se fait à partir de dons bénévoles et volontaires. Elle est entièrement réalisée par l’Etablissement Français du Sang ( EFS ). Chaque année ce sont 1,7 million de personnes, sur l’ensemble du territoire national, qui participent à cette formidable mobilisation, basée sur le don et la solidarité. Or, ce système, parce qu’il ne plaît pas aux défenseurs du libéralisme, est aujourd’hui remis en cause. Ils le veulent soumis aux lois du marché. Le sang devient une marchandise, ce que je ne peux accepter ! Malheureusement, le processus de marchandisation est enclenché en plusieurs actes.

D’abord, nous avons assisté à l’ouverture à la concurrence des médicaments dérivés du sang (MDS), produits par le Laboratoire français du Fractionnement et des Biotechnologies (LFB), à partir du sang collecté par l’EFS. Cette mise en concurrence a déjà couté 290 emplois au LFB et selon l’IGAS (inspection générale des affaires sociales), permis que 40 % de la part des médicaments dérivés du sang sur le marché français proviennent de prélèvements rémunérés. L’éthique, censée guider l’organisation de notre filière du sang, est ainsi gravement remise en cause.

Puis, suite à la pression exercée par les lobbys pharmaceutiques, la France a ouvert son marché des produits sanguins labiles (PSL) à la concurrence. Ainsi, le laboratoire suisse Octapharma, après à des mois de bataille juridique, a obtenu gain de cause en juillet 2014 : il peut vendre ses produits en France. Or, ses produits sont issus de prélèvements de sang rémunérés et de collectes parfois réalisés dans des conditions opaques, ce qui pose un problème crucial en matière d’éthique, là encore. De plus, ils sont fabriqués avec du sang issu de différents pays, ce qui empêche d’assurer une bonne traçabilité et engendre donc un risque en termes de santé publique, risque d’autant plus grand que l’EFS et le LFB sont soumis à des pratiques et des dispositifs de sécurité supérieurs à ce qui est en vigueur dans l’Union européenne et donc, à ce qu’appliquent les laboratoires étrangers.

Par ailleurs, notre système de santé devient dorénavant dépendant des importations étrangères, alors que la France était jusqu’à maintenant en situation d’auto-suffisance. Le risque de sécurité sanitaire pour les patients est donc réel. Le processus de libéralisation du marché du sang s’est poursuivi plus récemment, avec l’interdiction faite à l’EFS de produire des produits sanguins labiles, à partir du 31 janvier 2015. Une cinquantaine d’emplois sont ainsi menacés sur le site de Bordeaux. De plus, un rapport de l’IGAS propose de mettre fin au monopole de la collecte de sang par l’EFS.

Le dernier acte a eu lieu le 11 février dernier à l’Assemblée nationale.
Elle a adopté l’article 48 du projet de loi Macron qui autorise la participation de la banque publique d’investissement (BPI) au capital du LFB. L’ouverture de son capital à la BPI ouvre la voie au retrait de l’État et lève les obstacles à l’entrée d’acteurs privés au capital du LFB. Nous assistons donc à une marchandisation progressive d’une partie du corps humain, le sang. Plus généralement, c’est tout un modèle de société qui nous est imposé, notamment par ce projet de loi « Macron ». Une société dans laquelle ce qui n’a pas de valeur marchande n’a pas sa place. C’est le cas de notre système de don de sang basé sur la générosité et la mobilisation gratuite de nos concitoyens. C’est aussi celui des dimanches consacrés à la vie associative, militante, familiale ou sociale…

Au-delà de ces éléments, rappelons que la fin des collectes mobiles, la baisse de la production des établissements publics comme l’EFS ou le LFB, ou encore la fermeture des points de collecte sur le territoire, menacent près de 1 000 emplois en France. Nous ne pouvons rester silencieux devant ces constats.

Ainsi, il est impératif d’adopter une position ferme vis-à-vis des laboratoires étrangers, notamment en créant un « label éthique ». Il garantirait aux patients la qualité des produits utilisés pour les soigner et permettrait aux donneurs de s’assurer que leurs dons ne sont pas utilisés pour faire du profit. Il est également nécessaire de réaffirmer, au niveau européen, la valeur de notre modèle de don de sang éthique. C’est aller dans le sens du progrès. L’Organisation Mondiale de la Santé ne vise-t-elle pas l’atteinte de 100 % de dons éthiques dans le monde d’ici à 2020 ?

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